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Analyse partagée du territoire

Définition

Tout centre culturel qui souhaite que son action culturelle soit reconnue dans les termes du décret du 21 novembre 2013 doit mettre en œuvre, avant d’entreprendre la rédaction du dossier de demande de reconnaissance, une démarche spécifique appelée analyse partagée du territoire.

L’analyse partagée du territoire est une démarche participative menée par le centre culturel avec l’appui de partenaires du domaine social et culturel, des collectivités publiques locales, de citoyens, d’artistes.
Le territoire sur lequel le Centre culturel mettra en œuvre cette démarche est son territoire d’implantation, composé d’une ou plusieurs communes.
S’il l’estime pertinent, le Centre culturel peut mener l’analyse partagée en collaboration avec plusieurs Centres culturels sur un territoire plus large partageant des enjeux et caractéristiques communes (« bassin de vie »), ou encore s’inscrire dans des processus d’analyses partagées menés à plusieurs échelles : sur son territoire d’implantation, sur territoire « bassin de vie », sur le territoire de projet.

L’analyse partagée poursuit deux buts en lien avec les finalités de l’action des Centres culturels.

1. L’analyse partagée doit contribuer à l’une des finalités de l’action des centres culturels, telle que formulée à l’article 2, 1° du décret : « augmente[r] la capacité d’analyse, de débat, d’imagination et d’action des populations d’un territoire, notamment en recourant à des démarches participatives ».
A partir du territoire où il déploie son action, le Centre culturel va générer une réflexion collective sur la société et chercher à construire un point de vue sur celle-ci.

Conseil méthodologique/Astuce : comment l’analyse partagée peut-elle permettre d’identifier des enjeux de société porteurs sur le territoire ?

- La démarche de réflexion collective a comme point de départ des hypothèses ou des intuitions du Centre culturel quant à des enjeux de société sensibles sur le territoire. L’auto-évaluation de l’action antérieure du Centre culturel menée par l’équipe et le Conseil d’orientation peut, à cette étape, être révélatrice de ces enjeux, de ces thématiques sociétales déjà mis en lumière par les activités du Centre et qu’il serait intéressant d’approfondir.

Exemples :

1) L'auto-évaluation fait apparaitre que les démarches d'expressions et de créations collectives valorisant le patrimoine local (historique et architectural) ont bien fonctionné et ont mobilisé de nombreux partenaires et des personnes de générations différentes à travers des événements divers. mais cette évaluation fait aussi apparâitre que les personnes vivant dans des conditions économiques difficiles sont restées extérieures.

2) L'autoévaluation fait apparaitre que les villages vivent cloisonnés entre eux : les habitants du village X ne se rendent pas facilement à des actions culturelles menées par le  village Y.

3) L'auto-évaluation fait apparaitre que les offres culturelles sont dynamiques sur la commune mais mal réparties et désertées par les jeunes générations.

- Les termes dans lesquels les enjeux se posent localement pourront être approchés par une étape de rassemblement de données objectives existantes permettant d’étayer l’enjeu. Pour ne pas se perdre dans un métier de statisticien qui n’est pas celui d’un Centre culturel, il est souhaitable de bien identifier les sources possibles de données intéressantes (PCDR, enquêtes, données publiées par la commune,…). Les données retenues pourront être socialisées avec les associations et les collectivités publiques locales afin de les mettre en débat.

Exemples :

1) Les caractéristiques sociodémographiques et économiques de la commune mettent en évidence qu'un pourcentage élevé de personnes vivent sous le seuil de la pauvreté.

2) Les données statistiques font apparaitre que le problème n'est pas lié à des difficultés de mobilité de transport mais plutôt à des difficultés de repli, d'identifications.

3) Le territoire est marqué par une histoire industrielle en plein déclin. Des études montrent que les jeunes ne croient pas en leur avenir dans ce bassin de vie.

- La façon dont les gens vivent/perçoivent ces questions sera explorée par, pour et avec les populations au travers d’opérations culturelles conçues et mises en œuvre par le Centre culturel. Le Centre culturel sera attentif à mobiliser, à travers les diverses opérations déployées, les associations sociales et culturelles et de cibler les différents groupes sociaux du territoire (« les populationS »).
Ces opérations d’analyse partagée créative doivent permettre au Centre culturel de retenir les enjeux les plus pertinents, d’approfondir les hypothèses de départ et de savoir par quels angles aborder les enjeux retenus en tenant compte du vécu et du ressenti de la population.

Exemples :

1) En concertation avec des partenaires comme le CPAS, Article 27, la bibliothèque locale, grâce à l'utilisation d'espaces "quotidiens et d'accès simples pour tous", des démarches créatives d'exploration des vécus sont mises en place pour susciter, dans des conditions adaptées, des prises de parole permettant aux personnes d'exprimer leur regard sur le territoire, de parler des lieux et des pratiques sociales et culturelles auxquelles elles aspirent.

2) Avec le concours d'artistes, des intitiatives festives de partage et d'expression des vécus sont mises sur pied dans les différents villages pour favoriser les brassages, proposant un itinéraire entre les richesses locales des uns et des autres.

3) En partenariat avec les écoles, les MJ, les AMO, les OJ, se mettent en place des processus valorisant à la fois les technologies numériques et des moments attractifs de rencontre, pour susciter la parole des jeunes sur leur vie aujourd'hui, sur la façon dont ils voient leur avenir et les invitant à imaginer (à "rêver") des démarches pour redonner des couleurs à leur environnement.

2. L’analyse partagée doit aussi permettre de répondre l’autre finalité majeure de l’action des centres culturels, formulée à l’article 2,2° et 3° du décret : « cherche[r] à associer les opérateurs culturels d’un territoire à la conception et à la conduite d’un projet d’action culturelle de moyen et long termes », et ce afin de « contribue[r] à l’exercice du droit à la culture et plus largement, à l’exercice de l’ensemble des droits culturels par tous et pour tous ».
A cette fin, le Centre culturel construit avec ses partenaires publics (services sociaux et culturels etc.) et privés (en priorité les opérateurs culturels reconnus par la FWB) une représentation commune du territoire qu’ils partagent et des défis culturels qui le caractérisent. Cette réflexion se construit en référence à l’exercice des droits culturels par les populations du territoire et cherche à augmenter la cohérence d’action dans le champ culturel.
Un pré requis méthodologique à cette démarche est qu’il s’agit de mener une réflexion qui dépasse la notion de « public » mais qui prend en compte les « populations du territoire d’implantation – la commune » dans son ensemble.

Conseil méthodologique/Astuce : comment (par quels moyens et avec quelles ressources) un Centre culturel peut-il identifier des enjeux culturels porteurs sur le territoire ?

- L’auto-évaluation du Centre culturel menée avec le Conseil d’orientation et socialisée avec les partenaires institutionnels et culturels du territoire permettra de faire émerger des défis culturels. Au cours de cette étape, la population pourrait être associée à ce processus de réflexion autour des enjeux culturels à travers les questions type : « Quelle perception de la culture et du centre culturel sur le territoire ? ». Cependant, la parole de la population sera plus largement portée au sein du Conseil d’orientation ou lors des assemblées générales.

Exemples : renforcer la présence du centre culturel dans certains quartiers de la commune, mettre en réflexion un agenda concerté d’activités, des processus permettant que les participants de telle association puissent prendre part aux activités du Centre culturel.

- Des données chiffrées, un inventaire des associations culturelles et opérations menées permettront d’identifier les manques ou l’abondance en matière d’offre culturelle, les groupes de populations effectivement touchés et ceux qui ne le sont pas.

- Des moments de réflexion menés avec les les partenaires publics et privés, sociaux et culturels du territoire afin de socialiser les défis communs et réfléchir à leur opérationnalisation.

Le Centre culturel développera son projet d’action culturelle en croisant enjeux de société et défis culturels dégagés par les différents moments de l’analyse partagée du territoire.

Astuce : L’analyse partagée relève de la responsabilité du conseil d’orientation. La directrice/le directeur et le(la) président(e) du Conseil d’orientation du CC, veilleront cependant à informer et sensibiliser leur CA à cette démarche.

Références légales :

> Décret  21-11-13 : articles 19, 21§1 1° 7°, 23 §2 1°, 24 6°, 30 7°, 81 et 90.

> AGCF 24-04-14 : article 3.

En savoir +  : 
> sur l’élaboration de l’analyse partagée dans l’exposé des motifs du décret, point 6.4 page 20.
> sur la méthodologie de l’analyse partagée : cahier 2 « Piloter un Centre culturel aujourd’hui », outil « Focus sur l’analyse partagée : répondre aux difficultés méthodologiques ». En lien : formation CESEP « Piloter un Centre culturel aujourd’hui »
> sur le rapport sur l’analyse partagée à joindre au dossier de demande de reconnaissance : vade-mecum des pièces justificatives du dossier de demande de reconnaissance (en construction).

 

 

Les « diagnostics territoriaux » déjà réalisés sur le territoire du Centre culturel peuvent-ils tenir lieu d’analyse partagée ?

Non : le diagnostic territorial diffère par sa méthode de l’analyse partagée du territoire, il ne peut donc pas la remplacer. Les deux démarches sont complémentaires.
Tandis que le diagnostic territorial repose principalement sur des données objectives et statistiques sur le territoire (données économiques, sociales, emploi, pyramide des âges etc.), l’analyse partagée suppose que le Centre culturel mette en œuvre une démarche culturelle et un travail symbolique permettant l’expression et la confrontation des points de vue, donc des subjectivités, des multiples acteurs du territoire.

Le centre culturel s’appuie sur des études existantes (PCDR, PCS, Assises du développement culturel territorial, données des communes, etc.) pour en dégager des éléments pertinents de représentation du territoire. Si les données objectives font défaut, il pourra éventuellement les commander à un groupe de recherches (université, sociologue, etc.).
Le Centre culturel sélectionne et interprète, parmi ces données « froides », les données pertinentes pour nourrir l’analyse partagée. L’appropriation des données « froides », objectives, s’accompagne de la collecte de données « chaudes ». L’analyse partagée consistera sur ce plan en un travail (culturel et symbolique) d’exploration et de croisement des perceptions, expressions, représentations, points de vue, désirs des acteurs du territoire. 

Enfin, le diagnostic culturel du territoire est rarement préexistant à l’analyse partagée. Les diagnostics réalisés par les partenaires culturels du territoire (bibliothèque, maison de jeunes) en constituent des éléments, utilement mobilisés par le centre culturel pour soutenir une réflexion commune sur les enjeux culturels du territoire.

 

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L’analyse partagée porte-t-elle uniquement sur le territoire d’implantation ?

Le territoire à partir duquel le travail d’analyse partagée est mené est le territoire d’implantation du Centre culturel, c’est-à-dire le territoire des Communes associées à la gestion du Centre culturel.
Cela ne signifie pas pour autant que l’analyse partagée a pour finalité de dégager les caractéristiques, les particularités, l’identité d’un « terroir » ; elle est de construire une lecture de la société avec et pour les populations d’un territoire, à partir de ce territoire, et d’identifier les enjeux locaux spécifiques par rapport à des enjeux de société globaux.
L’analyse partagée peut être menée à plusieurs échelles territoriales, s’articulant les unes aux autres : territoire d’implantation (la ou les communes) ; bassin de vie/« sous-région » ; niveau provincial etc. Au-delà du territoire d’implantation, l’analyse partagée sera menée en concertation avec les autres Centres culturels partageant le territoire considéré.
L’analyse partagée prend en compte les spécificités, les particularités du territoire d’implantation de façon à déterminer une action adaptée au territoire local, sans le considérer comme un territoire clos. Les rapports entre le territoire considéré et son environnement (de l’espace géographique voisin à l’universel), entre l’intérieur et l’extérieur, sont pris en compte par l’analyse partagée.

 

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